L'Europe et la Belgique soutiennent la RDC.

Vendredi, 07 Mars 2014 16:29 COLETTE BRAECKMANN IN LE SOIR
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pielbagsTant l’Union européenne que la Belgique persistent et signent : il faut continuer à soutenir le Congo et malgré les incertitudes de l’heure, maintenir l’aide, garder le cap d’un soutien lucide. C’est en tout cas ce que le commissaire européen Andris Pielbag a expliqué au président Kabila qui a reçu la délégation « belgo européenne » durant près d’une heure et demie mercredi matin : en 2014 seulement, l’Europe consacrera 620 millions d’euros à la rénovation des infrastructures, aux secteurs de la santé, de l’agriculture, de la sécurité mais aussi à la préparation du prochain cycle électoral. Car les échéances se précisent et le chef de l’Etat a bien expliqué qu’ « avec ou sans soutien extérieur, la Constitution serait appliquée, avec des élections locales prévues en 2015, des législatives et présidentielles en 2016 et que par la suite il serait procédé à l’élection du futur Sénat. » S’agira-t-il, sur ce point, d’un vote direct ou indirect ? Si le président ne s’est pas prononcé, les évêques du Congo, eux, ont d’ores et déjà torpillé le ballon d’essai lancé par l’abbé Malu Malu, président de la Commission électorale : ils estiment que les sénateurs doivent être élus au suffrage universel direct, pour éviter compromissions et marchandages.


Ce calendrier électoral a reçu le soutien du Commissaire européen au développement qui a expliqué que l’Europe, une fois encore, soutiendrait l’exercice « à condition qu’il soit transparent ». En 2011 en effet, les élections avaient été fortement contestées et les observateurs européens avaient constaté de nombreuses irrégularités.


Assuré, serein, passant d’un sommet à l’autre (Communauté économique de l’Afrique de l’Est la semaine dernière, femmes francophones ces jours ci, sommet Europe Afrique à Bruxelles début avril) le président est apparu à ses hôtes comme un homme sûr de lui, ayant dépassé la crise du Nouvel An lorsque des assaillants s’étaient brièvement emparés de plusieurs points stratégiques à Kinshasa dont la RTNC (radio télévision congolaise). Mais il apparaît aussi que cet homme qui termine son second mandat présidentiel entend moins que jamais se laisser dicter ses agendas : il viendra à Bruxelles si sa sécurité est assurée et s’il ne risque pas d’être assiégé par les Bana Congo (opposants d’origine congolaise fanatisés par l’opposition), il organisera les élections au rythme qui conviendra aux Congolais et en fonction des financements disponibles, il procédera au remaniement gouvernemental annoncé depuis novembre quand il le jugera utile. (Présenté comme « sortant » le Premier Ministre Matata Ponyo est apparu singulièrement détendu…)Enfin, dès que les ADF Nalu (mouvement d’opposition ougandais qui sème la terreur dans le Grand Nord du Kivu) seront mis en état de nuire par l’offensive conjointe des forces armées congolaises et des troupes de la Mission des Nations unies au Congo, viendra le tour des rebelles hutus des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda), présentés comme la principale force de déstabilisation de l’Est du Congo depuis 1994.


Entendant à la radio ce chapelet de promesses, notre chauffeur, à Bukavu, se montre sceptique : « les FDLR sont bien organisés : via les hauts plateaux du Sud Kivu ils achètent des armes en Tanzanie, et, se rendant maîtres des carrés miniers, obligent la population à travailler pour eux. Ensuite, ils acheminent les sacs de minerai vers les comptoirs de Bukavu, où leur campagne est « préfinancée » à coups de milliers de dollars. Pourquoi voudriez vous que ce juteux trafic s’arrête. Trop de gens y trouvent leur compte… »


Une visite plus longue à l’hôpital de Panzi où opère le Docteur Mukwege aurait permis aux illustres visiteurs de se rendre compte des « dégâts collatéraux » occasionnés par ces trafics qui permettent aux groupes armés de s’autofinancer et de continuer à répandre la terreur, mais pressée par le temps, la délégation n’eut guère le temps de s’entretenir avec les femmes victimes de violences sexuelles. Le commissaire Pielbags promit cependant une nouvelle contribution financière à l’œuvre du Dr Mukwege.


La « descente sur terrain » belge et européenne s’est terminée à Rumangabo, un camp militaire en bordure du parc naturel des Virunga, une position occupée puis conquise par les rebelles du M23 et où l’armée congolaise a repris position, avec la ferme intention de sécuriser désormais le Nord Kivu afin que les rébellions à répétition appartiennent désormais au passé.

 

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